11 janv. 2012

AFRICA NEWS ROOM du 11/01/12 - Maurice - Politique

AFRICA NEWS ROOM du 11/01/12 - Maurice - Politique...

AFRICA24Par AFRICA24
AFRICA NEWS ROOM du 11/01/12 - Maurice - Politique - Partie 2 par AFRICA24
Invité Parvez Dookhy
Présentation: Marie-Angèle Toure / Khadija Sfar
Chronique: Florencia Simporé

http://www.dailymotion.com/video/xnm26d_africa-news-room-du-11-01-12-maurice-politique-partie-1_news#rel-page-1

8 janv. 2012

Interview sur le rapport Carcassonne in Sunday Times du 8 janvier 2012






Questions à Parvez Dookhy

Quelles sont vos premières observations sur les propositions de réformes électorales par l’équipe du Professeur Carcassonne?

Guy Carcassonne essaie de rationaliser davantage le système parlementaire mauricien alors que nous avons eu un système d’inspiration historique, basée sur l’histoire institutionnelle de la Grande-Bretagne. C’est une bonne dose de rupture avec le système parlementaire westministerien qu’il propose. On pourrait penser qu’il s’agit d’une certaine francisation du système.

Au-delà de cet aspect, le thème central est l’introduction de la proportionnelle intégrale. Avec le scrutin proportionnel, les partis auront un pouvoir accru. Ce sont les chefs des partis qui choisiront ceux qui seraient en position d’être élus sur les listes. Ce qui poserait un problème de renouvellement des acteurs politiques. Dans notre système de scrutin dit majoritaire plurinominal à un tour, beaucoup de leaders politiques ont été battus : Seewoossagur Ramgoolam et en 1982, Paul Bérenger en 87, Aneerood Jugnauth en 95, Pravind Jugnauth en 2000. Avec la proportionnelle, les leaders, qui seront par définition en tête de liste, ne seront jamais battus. Idem pour les autres hauts dirigeants du parti. Cela posera un grand problème de renouvellement de la classe politique.



Sera-t-il facile d’éliminer le Best-Loser System, qui a quand même fait ses preuves à Maurice ?

Il va falloir beaucoup de courage. Peut-être même qu’il va falloir procéder par un système de test. Prévoir son abolition pour une élection donnée et voir comment elle fonctionne. Si à l’issue cette élection son abolition est satisfaisante, alors les parlementaires la voteront définitivement. Il est nécessaire, malgré le vœu de mauricianisme, que toutes les communautés soient représentées à l’Assemblée Nationale.

Que pensez-vous de la nouvelle formule de délimitations des circonscriptions ?

Toute la difficulté va être la création de ces 7 grandes circonscriptions. Le redécoupage fera beaucoup de débats. Le plus simple serait de regrouper les circonscriptions actuelles. Guy Carcassonne n’a fait que proposer des principes, mais leur application sera une matière très sensible. Les lobbys, les organisations cultuelles vont sans doute s’y mêler. Mais 7 grandes circonscriptions pour 70 députés, ce qui signifie qu’on aura une dizaine de députés par circonscription en moyenne. Ce sera assez complexe de répartir les sièges selon la proportionnelle entre les partis à l’issue d’une élection s’il y a moins de 10 élus dans une circonscription. Je m’explique. Il faut un seuil entre 10 et 15 % pour avoir des élus et ensuite répartir selon le pourcentage obtenu. Imaginons qu’il n’y aurait que 9 élus dans une circonscription. Le parti A obtient 20%, le parti B 25%, le parti C 35 %. Le reste (20 % restants) est éparpillé entre les petits partis non éligibles. La répartition est difficile et est un casse-tête mathématique.

Peut-on introduire la dose de proportionnelle avec un vote centré sur le parti plutôt que l’individu ?

Maintenir un système de panachage va encore compliquer les choses. Guy Carcassonne se prononce d’ailleurs clairement pour un système de liste fermé. Mais les mauriciens doivent savoir qu’avec la proportionnelle, telle que proposée, ils perdent une liberté importante : le droit qu’ils ont de voter pour des candidats. Là, ils voteront pour des partis.

D’aucuns disent craindre que cette liste bloquée et la nomination des ministres non-élus nous fait éloigner de notre système westministérien qui jusqu’ici a fonctionné dans les meilleures conditions. Partagez-vous cet avis ?

Ce qui caractérise le système westminsterien sur le plan électoral c’est l’émergence d’un gouvernement fort et le bipartisme, voire tripartisme. Au Parlement, il n’y a que deux ou trois blocs. Avec la proportionnelle, il y aura, forcément, sauf à avoir un seuil très élevé mais qui va alors vider la proportionnelle de tout son sens, plusieurs partis à l’Assemblée. Nous avons déjà à Maurice sept partis politiques à l’Assemblée. Avec la proportionnelle nous risquons d’en avoir plus. C’est la porte ouverte aux chantages. Nous risquons alors de basculer dans un régime dit d’Assemblée, comme en Italie ou en Israël où les gouvernements ne tiennent pas longtemps. C’est en raison du nombre de partis qui compose une coalition gouvernementale. Nous sommes un pays en voie de développement et nous ne pouvons pas avoir un système constitutionnel qui favorise l’instabilité gouvernementale. Quant aux ministres non élus, c’est le cas en France, qui applique une séparation des pouvoirs, un député qui devient ministre perd son mandat de député le temps qu’il est ministre. Dans le système anglais, il n’y a pas de séparation de pouvoirs mais une collaboration des pouvoirs parlementaires et exécutifs.



Va-t-on atteindre l’objectif désiré en termes de représentation de plus de femmes au Parlement ?

C’est vrai qu’avec la proportionnelle il est plus facile d’avoir la parité.



Il y aussi la question du transfuge. Est-ce réaliste de croire en ce qui a été proposé ?

Guy Carcassonne propose d’anéantir l’effet d’un transfuge en permettant au parti qui a perdu un député d’en avoir un autre qui est le meilleur non élu de sa liste. Mais dans un système parlementaire, le Gouvernement est responsable devant le parlement. Avec ce système de remplacement du député dissident, le gouvernement sera très difficilement mis en cause ou censuré par le parlement. Or, l’essence même du régime parlementaire c’est de rendre le gouvernement responsable devant le parlement et la possibilité d’être censuré par ce parlement. La motion de censure perd alors de sa substance



Beaucoup de gens sont d’avis qu’il aurait fallu bien plus une réforme de notre constitution dans son ensemble 43 ans après l’indépendance qu’au lieu de s’occuper uniquement de l’aspect électoral. Vos commentaires ?

Plus de quarante ans après notre accession à l’Indépendance, il y a peut-être lieu de raffermir notre Constitution en lui donnant davantage de consistance. Nous avons en effet hérité d’une Constitution reflétant un certain équilibre du modèle de Westminster tout en étant bien embryonnaire dans ses articulations. Un certain nombre de préalables sont nécessaires à la réalisation d’une révision constitutionnelle susceptible de susciter une grande adhésion du peuple et de ses représentants. L’équilibre institutionnel doit être préservé tout en renforçant l’acquis démocratique et le caractère de l’Etat de droit. Il est impératif de faire consacrer des avancées constitutionnelles avec une grande prudence et délicatesse. La réforme, notamment en ce qui concerne son volet électoral, doit être adoptée avant la mi-mandat du gouvernement de manière à ce qu’elle n’apparaît pas comme un changement du jeu politique à l’approche des élections, ce qui est toujours suspicieux.



Sinon quelle aurait été selon vous une proposition plus idéale dans le contexte mauricien?

Je suis en faveur du scrutin uninominal à un tour : un élu par circonscription comme en Angleterre ou en France. Actuellement, nous avons 20 circonscriptions à Maurice. On pourrait imaginer 60 ou 70 circonscriptions et avoir un élu par circonscription au lieu de trois. L'idée est de rapprocher le candidat de sa circonscription et éviter la pratique de « vote bloc » ou le panachage communautariste. Avec ce système, il serait difficile, sauf énorme basculement de l'électorat dans un camp, d'avoir des majorités écrasantes. Si tel est alors le cas, c'est que le peuple a voulu sanctionner sévèrement un régime. Il doit alors avoir de bonnes raison de le faire. Avec un scrutin uninominal (un élu par circonscription), l’électeur ne pourrait faire du panachage communautariste comme actuellement, c'est-à-dire attribuer ses trois voix à trois candidats, de partis différents, issus de sa communauté seulement. Ce serait un pas de plus dans la construction d’une véritable nation mauricienne. Toutefois, les partis politiques devraient être bien attentifs au maintien de l’équilibre ethnique dans la désignation des candidats de manière à ce qu’aucune communauté ne se trouve lésée par ce mode de scrutin.


L’une des aspects qui n’a pas été abordée c’est la question du partage de pouvoir entre le président et le Premier ministre. Cela reste délicat n’est-ce pas ?

Le partage des pouvoirs suppose un changement du mode de désignation du Président. Actuellement le Président n’est que le successeur du Gouverneur-général. Il est choisi, en toute discrétion, par le Premier ministre seul et ce choix est simplement ratifié par l’Assemblée Nationale. Il n’est pas élu et il n’y a pas d’élection (compétition entre candidats). Il faudrait qu’il y ait une vraie élection, que des personnalités puissent faire acte de candidature librement. Dans une République moderne, le Président doit être élu pour une raison tout simplement démocratique et pour lui conférer l’autorité de sa fonction. Dans notre cas, il pourrait l’être par un suffrage universel indirect, c'est-à-dire par un collège composé de députés (éventuellement de sénateurs si ces fonctions sont créées), de chefs des administrations locales (maires, présidents des districts et assemblée de Rodrigues) pour éviter un conflit de légitimité entre lui et le Premier ministre. Il faut un véritable suffrage et des candidats potentiels qui s’affrontent. Disposant d’une réelle légitimité démocratique, le Président, tout en étant garant du bon fonctionnement des institutions, pourrait avoir ce que l’on appelle des domaines réservés, notamment en matière diplomatique, comme en France.



Que pensez-vous du débat de retransmettre en direct les travaux parlementaires ?

Ce serait une bonne avancée démocratique. Mais encore faut-il que la retransmission soit impartiale par une chaîne indépendante politiquement !


6 janv. 2012

AFRICA24 TV: Des professionnels mauriciens invités à débattre sur le pays

http://www.lemauricien.com/article/africa24-tv-des-professionnels-mauriciens-invit%C3%A9s-%C3%A0-d%C3%A9battre-sur-pays

AFRICA24 TV: Des professionnels mauriciens invités à débattre sur le pays

L’émission quotidienne Africa News Room met l’île Maurice à l’honneur du lundi 9 au vendredi 13 janvier. Des professionnels mauriciens, tels que Me Parvèz Dookhy, docteur en droit, seront sur le plateau en direct tous les soirs de 22 h 30 à minuit pour des débats, accompagnés de reportages réalisés par AFRICA 24. Les Mauriciens pourront suivre l’émission sur le site internet de la chaîne africaine.
La chaîne de télévision AFRICA24 s’intéresse au pays. L’une de leurs journalistes reporter d’images était à Maurice pour réaliser une série de reportages sur des thématiques précises : l’éducation, la santé, la politique, la société et l’économie. Les reportages seront retransmis tous les soirs — du lundi 9 au vendredi 13 janvier — en direct de 22 h 30 à minuit, dans le cadre de l’émission Africa News Room et des débats suivront.
Le but de ces reportages serait de comprendre les principaux enjeux et initiatives de Maurice, et des professionnels mauriciens exposeront à l’antenne les différentes problématiques dans un domaine précis.
Le lundi 09, l’émission sera centrée sur l’éducation mauricienne, notamment le Summer School Program, lancé dans une vingtaine d’établissements durant les vacances scolaires. Il sera aussi question de son lien avec l’abolition des « private tuitions ».
Le mardi 10, il sera question de la Santé. « L’obésité, revers du développement économique. » Selon une étude, quelque 38 % des Mauriciens souffriraient d’obésité. Les débats et les reportages seront axés sur l’origine de ce phénomène à Maurice et les mesures prises par le gouvernement pour y remédier.
L’émission du mercredi 11 sera consacrée au système politique à Maurice. « Ethnicité et politique à l’Île Maurice », se référant au combat du Blok 104. C’est dans cette optique que Me Parvèz Dookhy, avocat du barreau de Paris, a été invité à débattre avec d’autres intervenants. Le Docteur en Droit de l’Université Paris - Sorbonne interviendra sur l’implication de ce système qui oblige un candidat aux élections législatives d’inscrire la communauté à laquelle il appartient sur sa fiche de participation. Il sera question de l’avenir du Blok 104, qui a refusé de s’y adhérer et qui a essuyé un revers des Law Lords du Privy Council.
Jeudi 12, l’émission traitera du « Séga et son rôle dans la société ». Le reportage sera axé sur le rôle de « rassembleur » de cette musique mauricienne. Le Festival International Kreol, qui gagne de plus en plus en notoriété, sera au cœur de l’émission.
Le vendredi 13, l’économie mauricienne sera abordée : « La diversification des secteurs : la recette de la réussite de Maurice ? » L’évolution « fulgurante » de l’économie mauricienne. Selon la chaîne africaine, « l’île est passée d’un statut de pays à bas revenus, dont l’économie reposait sur l’agriculture, à un statut de pays aux revenus intermédiaires, dont l’économie diversifiée repose sur un secteur industriel et financier en pleine croissance, et sur le tourisme. »
Africa News Room est une émission quotidienne en direct qui offre aux téléspectateurs la possibilité de faire le tour de l’actualité africaine et mondiale. L’émission se veut être interactive avec des intervenants pour des débats. Les Mauriciens pourront regarder l’émission sur le site internethttp://www.africa24tv.com.

20 déc. 2011

Critiques du rapport de Guy Carcassonne

Critiques du rapport de Guy Carcassonne

Le Mauricien du 20 décembre 2011

Une grande francisation du régime y est proposée. Le système français est rationnel alors que le système anglais est beaucoup plus historique et fondé sur des conventions relatives aux mœurs du pays. Ces mœurs anglaises ne se retrouvent pas à Maurice. Guy Carcassonne a raison mais il n’a pas voulu aller jusqu’au bout de la logique de la rationalisation de notre régime parlementaire. Par exemple, les sessions parlementaires sont fixées au bon vouloir du Premier ministre. Il est le maître absolu des travaux parlementaires. En Angleterre, le Premier Ministre n'abusera pas de cette prérogative. A Maurice, c'est de l'abus pur et simple au mépris de la démocratie. Il faudrait, à mon avis, avoir des sessions parlementaires fixées constitutionnellement et éventuellement avoir des sessions extraordinaires en cas de besoin. Guy Carcassonne ne l’a pas suggéré.

Guy Carcassonne propose le système proportionnel. Or, nous avons actuellement un scrutin majoritaire à un tour qui permet de dégager un gouvernement fort. Il serait bien dangereux d’instaurer la proportionnelle à Maurice. Il y aurait trop de partis représentés à l’Assemblée Nationale. Déjà nous avons avec le scrutin majoritaire 7 partis y sont présents sur 69 députés ! Le scrutin proportionnel conduit à un dysfonctionnement du système politique ; il favorise le multipartisme. Il rend difficile l’émergence d’une majorité stable. Notre système institutionnel est de type Westminister, c’est-à-dire un régime parlementaire. S’il y a trop de partis, par définition avec notre culture politique il y aura encore plus de chantage et de marchandage et le système évoluera vers un régime dit d’assemblée, comme en Italie. Les coalitions se font et se défont et les gouvernements tombent. Maurice n’a pas le luxe d’avoir un régime instable.

Le scrutin proportionnel suppose un scrutin de liste. Le parti a une meilleure reconnaissance. Par rapport au pourcentage de voix obtenu par le parti, il lui est attribué un certain nombre d’élus en fonction d’une liste selon l’ordre établi par le parti, en l’occurrence son chef. Ainsi, les chefs de partis auraient une trop grande main mise sur les choix de ceux qui seraient en position d’être élus sur les listes. Guy Carcassonne omet dans son analyse que les principaux partis politiques n’ont pas de fonctionnement démocratique.

Délibérément ou non, le rapport Guy Carcassonne fait l’impasse sur un certain nombre de sujets relatifs à l’organisation de la vie institutionnelle : le rôle du Président, son mode de désignation, le renforcement du pouvoir parlementaire, l’affermissement nécessaire de la démocratie mauricienne etc.

Parvèz DOOKHY

29 sept. 2011

(Ile Maurice): Dérive autoritaire du régime

POINT DE VUE D’UNE ONG INTERNATIONALE: Dérive autoritaire du régime

Le Groupement des Défenseurs Judiciaires contre la Répression (GDJR) s’inquiète de la dérive autoritaire de l’actuel régime à Maurice.
Les récentes mises en cause des responsables de l’Opposition et en particulier du Leader constitutionnel de l’Opposition sous des accusations pénales de propagation de fausses nouvelles ou de complot pour déstabiliser le Gouvernement, telles que rapportées largement dans la presse, constituent une atteinte à la démocratie et au bon fonctionnement des institutions.
Il sera rappelé que l’article 1er de la Constitution affirme le caractère démocratique de l’État mauricien. La liberté d’expression est tout autant proclamée par la Constitution en son article 12.
Le régime institutionnel correspond à un système parlementaire de type Westminster. Dans cette configuration, l’Opposition a toute sa place sur le plan constitutionnel. Elle est expressément prévue par la Loi Fondamentale sous la rubrique « Exécutif ». L’Opposition peut mettre en place un cabinet fantôme (shadow cabinet) et jouit de la possibilité constitutionnelle de renverser le Gouvernement en place par le vote d’une motion de censure (article 60 de la Constitution). La déstabilisation du Gouvernement, par des moyens démocratiques, fait partie des facultés offertes, voire des devoirs de l’Opposition. Les acteurs de l’Opposition institutionnelle doivent bénéficier d’une grande inviolabilité pour qu’ils puissent exercer leurs devoirs.
S’agissant de la nature des infractions pénales sous lesquelles certains membres de l’opposition sont présentement poursuivis, le GDJR souligne que la Constitution de Maurice, en son article 10-4, pose le principe de la légalité des infractions pénales et des peines tout comme l’article 7 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, applicable à Maurice en vertu d’un jugement du Conseil Privé intitulé D. Matadeen du 18 février 1998. La Cour européenne des droits de l’homme, dont la jurisprudence a une grande autorité morale sur les juges mauriciens et du Conseil Privé, a exigé qu’une infraction doit être clairement établie par la loi pour pouvoir être sanctionnée (CEDH, 22 novembre 1995, C.R. et S.W. c/ Royaume-Uni). Un délit ne peut être vague et flou ou encore faire l’objet d’aucune définition !
Au regard de ces textes fondamentaux et de la jurisprudence, l’infraction de déstabilisation du Gouvernement ou même celle de fabrication de faits controuvés ne peuvent valablement être caractérisées dans une société démocratique ou un État de droit.
S’agissant de l’infraction de divulgation de fausses nouvelles, il sera souligné que ce délit se distingue clairement du fait de la diffamation (defamation).
Fausse nouvelle / diffamation
Pour que l’infraction de fausse nouvelle soit constituée, il faut, d’une part, que la nouvelle soit fausse, mensongère, erronée ou inexacte et, d’autre part, qu’elle soit de nature à troubler la paix publique. L’infraction n’est caractérisée que si l’auteur a agi avec une particulière mauvaise foi. Par ailleurs, le Comité des droits de l’homme des Nations unies a eu l’occasion d’affirmer que la condamnation d’un journaliste pour le simple fait d’avoir publié un fait avéré comme étant faux à l’encontre du Président du Cameroun sans aucun autre élément était une violation de l’article 19 du Pacte (sur la liberté d’expression).
Le délit de propagation de fausse nouvelle ne peut être utilisé pour faire réprimer un fait qui relèverait de la simple diffamation. La diffamation est en effet une allégation (statement) ou imputation d’un fait qui porte atteinte à l’honneur et à la considération (causing injustified injury to the good reputation of another) de la personne ou du corps auquel le fait est imputé.
La fausse nouvelle se distingue dès lors de la diffamation sur un point essentiel : la première exige que le fait divulgué porte atteinte non pas à l’honneur de la personne intéressée mais à la paix publique. Elle est fait application lorsque le fait publié ne concerne pas une personne mais par exemple une politique ou pratique fausse à laquelle s’adonnerait l’autorité publique ou un groupe privé. A titre d’illustration, est caractéristique d’une propagation de fausse nouvelle le fait infondé d’affirmer qu’un groupe ethnique est en train de tuer des membres d’une autre communauté tel jour dans tel endroit. Ce fait porte effectivement atteinte à la paix publique et constitue une fausse nouvelle d’autant qu’il ne vise aucune personne, physique ou morale, nommément.
L’infraction de propagation de fausse nouvelle est d’application restrictive. Lorsqu’un homme politique X affirme qu’un autre a eu un comportement susceptible d’être une infraction pénale, il s’agit manifestement d’un fait pouvant relever seulement de la diffamation.
Transformer un fait susceptible de diffamation en un délit de propagation de fausse nouvelle pourrait constituer un abus de droit et de procédure.

Parvèz Dookhy

Président du GDJR

23 août 2011

"Le Président doit avoir un rôle actif", propos recueillis par Michel CHUI CHUN LAM




L'Express du 23 août 2011

«Le Président doit avoir un rôle actif»

Propos recueillis par Michel CHUI CHUN LAM

Parvèz Dookhy, docteur en droit et avocat exerçant en France, livre ses réfl exions sur le principe d’un régime « présidentialiste » .

(…) un rôle d’arbitre, de garant des institutions.

Quels seraient les impacts éventuels, et les implications de l’introduction d’un système « présidentialiste » à la française à Maurice ?

Dans le système « présidentialiste » , ou semi- présidentiel français, le président de la République est la clé de voûte du système institutionnel.

L’élection du Président est la contestation politique majeure. Le Président n’a plus un rôle honorifi que mais il fi xe les grandes orientations de la politique du pays. C’est lui qui choisit le Premier ministre lorsqu’il a une cohérence de majorité présidentielle et parlementaire.

Dans le contexte mauricien, il va de soi que la communauté majoritaire estimera que ce poste doit revenir à un des siens. En tout cas, je vois certaines organisations cultuelles s’activer pour le revendiquer. Puis, se posera aussi la question de l’appartenance ethnique du Premier ministre. C’est un jeu dangereux, je pense. Il y a le risque de confl it institutionnel à la tête de l’Etat.

Quel mode de désignation du président de la République vous semble le plus pertinent ?

Actuellement, le président de la République est choisi par le Premier ministre et son choix est juste ratifi é par le Parlement. Pour qu’il ait plus de légitimité, il faut qu’il soit élu. Tout dépend du rôle qu’on entend donner au Président. Si c’est lui qui détermine la politique de la nation, il doit avoir la légitimité nécessaire et être élu au suffrage universel direct, c’est- à- dire par le peuple.

Si c’est pour lui donner simplement un plus grand rôle, par exemple la possibilité pour le Président de représenter Maurice sur la scène internationale, il peut alors être élu simplement par un collège électoral, comprenant des députés et des chefs des administrations locales.

Vous évoquez les pouvoirs du Président, quels doivent- ils être ?

Pour que le Président puisse avoir le rôle et le pouvoir du président français, il faut trois changements constitutionnels majeurs. Il faut qu’il soit élu par le peuple. Il faut qu’il préside le conseil des ministres et ensuite il doit avoir un droit autonome de dissolution de l’Assemblée nationale.

Personnellement, pour l’équilibre de nos institutions, je pense que le Président peut jouer simplement un rôle effectif dans la conduite de la politique étrangère, vu son expérience et sa stature internationale.

Quelle doit être la relation entre l’exécutif et le législatif dans le cadre d’une II e République ?

Actuellement, il n’y a pas trop de séparation de pouvoir entre l’exécutif et le législatif.

Les ministres sont obligatoirement des députés en exercice, à l’exception de l’ Attorney General. Et le Premier ministre est le Leader of the House , donc c’est lui qui a la maîtrise du calendrier parlementaire. Il peut suspendre le Parlement, comme c’est le cas présentement, à tout moment.

En France, les ministres issus du Parlement perdent, pendant l’exercice de leur mandat ministériel, le statut de parlementaire et ils sont remplacés par leur suppléant.

Ce serait peut- être diffi cile à mettre en place pour Maurice.

Mais on peut imaginer que la Constitution prévoie qu’environ cinq ministres peuvent ne pas être des élus nationaux. Pour permettre aux non- députés d’être ministres.

Et il est impératif que le calendrier parlementaire soit fi xé, c’est- à- dire, qu’il y ait des sessions parlementaires, en conservant la possibilité pour l’exécutif de rappeler le Parlement en temps de crise hors des sessions.

Quel serait selon vous le système le plus viable pour Maurice ?

Il faut être prudent.

Le régime « présidentialiste » à la française n’est pas un bon modèle pour des pays où la démocratie n’est pas parfaitement entrée dans les moeurs. Trop de pouvoirs sont concentrés entre les mains d’un homme. On l’a vu un peu dans les pays d’Afrique. Je suis pour le régime parlementaire tout en accordant au président de la République un rôle actif : un rôle d’arbitre, de garant des institutions et de représentant de l’Etat sur la scène internationale.

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